Le harcèlement moral
Définition du harcèlement moral
Des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité d'un(e) salarié(e), d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. (art. L 122-49 – al.1er).
Depuis la publication du livre “La violence perverse au quotidien” de Marie-France HIRIGOYEN, chacun s’exprime sur la question, s’émeut ou s’indigne d’une réalité pourtant ancienne et largement dénoncée dans le monde du travail.
Il aura fallu du temps et un best seller, pour qu’émerge du silence, du non dit, la souffrance d’hommes et de femmes, niés en tant qu’être humains et réduits au rôle de vulgaire machine productive, et qu’enfin le législateur considère comme socialement condamnables des pratiques portant atteinte à l’intégrité et à la dignité des salariés.
Aussi doit-on se féliciter de ce sursaut collectif, relayé par une loi sanctionnant le harcèlement moral.
Pour autant et devant l’ampleur du phénomène, le débat ne doit pas s’arrêter là. Regarder la réalité en face, c’est admettre que le harcèlement moral ne résulte pas uniquement d’une tyrannie exercée par un individu isolé, pervers et narcissique.
C’est reconnaître que derrière l’idéologie dominante de “guerre économique”, selon laquelle la survie de l’entreprise - ou du service public - n’est possible qu’au prix d’une sélection impitoyable des meilleurs et surtout des plus forts, se crée un puissant mécanisme de légitimation du harcèlement moral.
Sans cette prise de conscience, les limites de la loi seront très vite atteintes, car à force de considérer que seule la cotation sur le marché est un critère de saine gestion, certains en oublient que derrière la rentabilité, les dividendes et les profits, il y a des êtres humains.
Le monde du travail n’est pas une jungle, où pour gagner, tout est permis y compris “tuer”, et s’il n’est pas question de dédouaner les “harceleurs” de leur responsabilité individuelle, il faudra bien, pour combattre effectivement le harcèlement moral, dénoncer l’hypocrisie sociale d’une loi qui condamne les individus tout en cautionnant le système !
Dénoncer la "neutralité bienveillante" des employeurs
Car enfin, même si on ne peut exclure qu’il se trouvera toujours au sein de notre société, et plus particulièrement dans le monde du travail où la notion de dépendance et de subordination est très importante, des individus déséquilibrés, rêvant d’asservir ou de nuire à leur prochain, l’augmentation des situations de harcèlement moral n’est pas étrangère à une compétition économique effrénée, véritable mécanique broyant l’humain pour produire du profit.
Tous les moyens étant bons pour faire tourner la machine, la persécution morale est devenu un moyen “à la mode” de gestion des ressources humaines.
Il est donc nécessaire de définir le harcèlement moral pour sanctionner leurs auteurs, mais tout aussi important de comprendre comment une entreprise peut en organiser le développement, pour lutter efficacement contre ce fléau des “temps modernes”.
Etouffer le collectif, s’exonérer des procédures légales de licenciement, exclure les indésirables, exacerber la compétition salariale...
Le harcèlement institutionnel s’organise autour d’une stratégie de gestion de l’ensemble du personnel.
C’est une violence psychologique, instaurée pour faire passer une nouvelle organisation du travail, sans mouvements sociaux, en faisant émerger l’individualisme et le “sauve qui peut”.
Elle vise à désorganiser tout lien social et aboutit à l’exploitation des salariés ; le but étant de dominer les salariés en étouffant le collectif.
Le harcèlement professionnel exercé à l’encontre d’un ou plusieurs salariés, précisément désignés, est destiné à contourner les procédures légales de licenciements.
Dans ce cas, le harcèlement constitue le moyen le plus “économiquement” rentable de se débarrasser des personnes devenues indésirables dans l’entreprise (trop vieux, trop chers, trop militants...). L’objectif est toujours de les faire “craquer” et de les pousser à la faute professionnelle pour légitimer le licenciement.
Le harcèlement individuel est pratiqué dans un but d’exclusion ou de destruction d’autrui, en valorisant son propre pouvoir, qu’il soit hiérarchique ou non.
Mais, celui-ci n’est pas toujours du seul registre de la relation perverse. Il obéit aussi parfois, dans un contexte de compétition salariale exacerbée, au désir de faire démissionner ou licencier celui dont on convoite la place.
Les méthodes utilisées dans une situation de harcèlement moral consistent en des agissements hostiles tendant à isoler la personne visée, à porter atteinte à ses conditions de travail (on lui retire son autonomie, on lui donne trop ou pas de travail, on la pousse à la faute, on ne la retient pas pour une promotion), à porter atteinte à sa dignité (critiques, injures, diffamations), à exercer à son égard une violence verbale ou physique pour l’évincer socialement.
Défendre les intérêts matériels et moraux de salariés, c’est combattre toutes les situations qui affectent la dignité des travailleurs et génèrent des conditions de travail humiliantes et dégradantes.
Vaincre le harcèlement moral relève d'une responsabilité collective
Le harcèlement moral n’est pas une fatalité, il doit être combattu sous toutes ses formes.
N’oublions pas que si la conscience populaire associe souvent travail et souffrance, le mouvement syndical est né de cette volonté de libérer le travailleur de l’oppression et de le protéger des risques du travail et de sa pénibilité. Seul nous ne pouvons rien, ensemble nous pouvons agir contre l’ignorance, l’isolement et l’exploitation.
Dans ce combat pour la dignité humaine, n’ayons pas peur de dire les choses, car se taire c’est être deux fois victime.
Une loi pour faire avancer le droit des victimes…
Force Ouvrière réclamait depuis longtemps une législation spécifique et adaptée aux réalités - tristes réalités du monde du travail, permettant de garantir aux victimes, qu’elles soient du privé comme du public, le respect de leur intégrité physique et morale. Dans ce contexte, la loi de modernisation sociale, à travers ses articles sur la lutte contre le harcèlement moral au travail, contient des dispositions relatives à la définition, la prévention et la répression du harcèlement moral qui répondent en grande partie à nos revendications.
En partie seulement, car si cette loi représente un progrès dans la reconnaissance du phénomène et du droit des victimes, elle ne permet pas de sanctionner réellement le harcèlement moral institutionnel et donc d’agir préventivement. Ce combat là reste à mener, et s’il n’est pas le plus simple, il est néanmoins impératif.
Ceci étant, la “pénalisation” du harcèlement devrait avoir deux effets. D’une part, mettre l’agresseur en position de coupable et responsable, et d’autre part, donner à la victime la possibilité d’être reconnue comme telle et d’obtenir réparation. Enfin, la possibilité pour le syndicat d’agir en justice, en se substituant au salarié harcelé, devrait permettre aux victimes en situation de détresse et de faiblesse de faire valoir leurs droits en mobilisant le collectif.
